Par Penguinator(Pg)
29/12/98
ela faisait des heures
qu’elle descendait les marches irrégulières du sombre escalier
en colimaçon, uniquement guidée par la lueur magique de sa
broche. Les ténèbres l’enrobaient, et les seuls bruits perceptibles
étaient ceux de ses pas et les battements de son coeur. Seul son
désir de mettre fin aux abominations perpétrées par
les hideuses créatures de ce labyrinthe lui donnait la volonté
de s’enfoncer encore et toujours plus profond dans les entrailles de la
terre. Alors que Mya commençait à se demander si cet
escalier n’était pas le fruit de quelque sorcellerie, une légère
bise souleva ses cheveux, et elle sut que l’issue était proche.
Au bout de quelques minutes, l’obscurité laissa place à une
timide lueur rougeoyante, ce qui ne la rassura pas pour autant. Enfin,
elle franchit un portail qui donnait sur une vaste et sombre salle. Prête
à tout, elle prit son arc et tira une flèche de son carquois.
Elle fit quelques pas dans le hall apparemment désert. Elle déclencha
un feu enchanté et essaya de deviner les contours de la pièce.
Quelque chose la fit sursauter. Un animal rampait quelque part sur sa gauche.
Elle tendit son bout de bois incandescent; un mouvement furtif à
quelques dizaines de mètres attira son attention. Elle ne put retenir
un cri de douleur lorsque le feu lui brûla les doigts. Elle se retrouva
éclairée uniquement par la faible lueur de sa broche. Mya
banda son arc, et avança prudemment de quelques mètres. Au
détour d’un mur, une sorte de gros serpent glissa d’un bout à
l’autre de la pièce. La créature sifflait et pointait ses
yeux jaunes sur elle. Mya put discerner quatre bras, certains armés
de lames recourbées, mais pas de jambes. Le monstre rampait en zigzaguant
dans sa direction. Elle essaya de le viser, mais la créature était
trop rapide. Elle était désormais trop proche pour que son
arc de bataille soit efficace. La sueur perlant à son front, elle
tenta de tirer une dague de sa ceinture. Trop tard! Le monstre fondit sur
elle, et elle ferma instinctivement les yeux, se préparant à
accueillir la mort. Le sifflement de l’acier contre la chair retentit tout
proche de ses oreilles. Mya rouvrit les yeux. La créature gisait
à ses pieds, proprement coupée en deux morceaux. Axthor lui
adressa un regard et rengaina son épée. C’était la
première fois qu’il la voyait en si fâcheuse posture. Sachant
qu’il n’aurait rien à gagner en lui faisant une remarque, il se
contenta de prendre un petit pain dans son sac. Il le coupa en deux comme
s’il s’était agit d’un autre monstre, et lui en tendit une moitié.
Il lui restait encore une gourde d’eau, et il ne savait pas combien de
temps allait durer leur expédition. Axthor ne doutait pas des capacités
de Mya. Chaque jour il en apprenait davantage de cette fille étonnante,
la meilleure guerrière qu’il ait jamais connu, et pourtant il l’avait
rencontré même pas une semaine auparavant. Il ne ferait pas
l’erreur de la sous-estimer, comme l’avaient fait quelques malheureux lors
de son dernier repas à l’auberge. Mya n’avait pas que ses talents
à l’arc pour elle, et les deux bougres l’avaient remarqué.
Elle sembla répondre à leur cour dans un premier temps, mais
une fois sorti de l’auberge, ils eurent tôt fait de découvrir
sa botte secrète, et n’oseraient certainement plus approcher une
femme pendant quelque temps! Axthor ne voulait que l’argent lorsqu’il s’était
décidé à se lancer à la conquête de l’Enfer,
et quand il apprit que Mya elle aussi s’y rendait, il préféra
lui proposer de s’allier. Elle accepta mais depuis, elle n’avait pas fait
preuve d’une grande volonté à communiquer. Toutefois elle
s’était montrée loyale, quoique peu encline à l’attendre
lorsqu’il s’arrêtait à la recherche de quelque trésor
caché. Peut-être changerait-elle d’attitude, car cette fois
il s’en était fallu de peu.
ya avala une dernière
bouchée de pain, ramassa son arc et se remit en route. Axthor restait
à son côté, sa fidèle épée prête
à mordre à nouveau la chair. De nouvelles créatures
serpentines firent leur apparition. Leurs déplacements rapides ne
leur étaient d’aucune utilité contre Axthor, qui en neutralisa
plusieurs sans faiblir. Mya analysa rapidement leurs évolutions,
et lorsqu’un nouveau groupe de monstres surgit, les flèches volèrent
et toutes atteignirent leur cible. Les deux combattants ne purent retenir
un hoquet d’horreur lorsqu’ils pénétrèrent dans une
pièce ou s’amoncelaient les corps humains sauvagement empalés
sur des pics. Cet endroit s’appelait l’Enfer et méritait son nom.
Plusieurs monstres profitèrent de leur stupéfaction et se
jetèrent dans leur dos. Axthor se retourna et en trancha deux d’un
magnifique mouvement de sa lame. Les deux autres l’attaquèrent au
corps à corps. Axthor para la charge et planta son épée
dans la gueule d’une créature. L’autre saisit l’ouverture et lança
ses armes contre le guerrier, le touchant au bras. Mais Mya était
à l’affût. Son arc rendu inutile si elle ne voulait pas blesser
son compagnon, elle récita quelques incantations. Un halo lumineux
enveloppa Axthor, à la surprise du monstre. Le guerrier sentit ses
chairs régénérées par le sort de guérison,
et prenant à son tour la bête par surprise, il la déséquilibra
d’un coup de bouclier avant de l’achever. Il allait la remercier mais de
nouveaux monstres arrivèrent, ne leur laissant aucun répit.
L’arc et l’épée chantèrent de nouveau, et rien ne
semblait pouvoir enrayer l’avance des deux aventuriers.
apidement, les serpents
maléfiques se firent plus rares. Axthor et Mya se séparèrent
pour éliminer les derniers. Il n’était pas question de laisser
des ennemis derrière eux. Si la tâche était difficile,
Axthor s’émerveillait des quantités de trésors éparpillés
dans le labyrinthe. Non seulement les stocks d’or paraissaient illimités,
mais de nombreux coffres contenaient des objets enchantés de grande
valeur. Une fois que tout cela serait fini, il serait bon qu’il revienne
ici récupérer ce qu’il ne pouvait emporter sur le moment.
Mya et le guerrier se retrouvèrent devant l’entrée d’un nouvel
escalier. Il avait été bâti à l’aide des gigantesques
ossements de quelque créature disparue, et son allure sinistre ne
présageait rien de bon. Après une courte pause, les compagnons
s’engagèrent dans l’escalier, revitalisés par les potions
que leur avait vendu le guérisseur du village. Cette fois la descente
fut bien moins longue, et ils eurent tôt fait d’aboutir dans une
nouvelle salle, obscure et silencieuse. Mya profita du calme pour réparer
quelques unes de ses précieuses flèches, et vérifier
que son arc était bien tendu. Pendant ce temps, Axthor alla inspecter
les environs. Le silence était rassurant, les monstres ne semblaient
pas avoir envahi cette partie du donjon. Axthor remarqua une douce lueur
rosâtre à quelques mètres de lui. Un agréable
parfum semblait rafraîchir l’air dans cette direction. Le guerrier
remarqua une forme humaine recroquevillée près d’un mur.
Il tira son épée et s’approcha doucement. L’être leva
la tête. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il s’agissait
d’une femme, au visage magnifique, dévoré par des yeux immenses.
Elle se leva avec grâce. Axthor sentit le sang lui monter aux joues.
La belle chevelure noire de la fille retomba sur ses épaules nues.
A vrai dire, elle était entièrement nue. Une beauté
ensorcelante exhalait de ses formes généreuses. Elle s’approcha
doucement du guerrier, murmurant quelques appels; Axthor lâcha son
épée, en entendant sa voix sortie d’un songe. La femme vint
lui caresser les épaules, et esquissa un sourire. Elle fit quelques
rapides mouvements de ses mains et une lueur rouge vif se matérialisa
entre ses paumes. Axthor était trop hypnotisé pour réagir.
La lueur devint une boule d’énergie magique pure. Elle ouvrit la
bouche en une grimace, révélant ses crocs acérés.
Un trait perça l’obscurité. Axthor regarda les yeux écarquillés
le visage, qui n’était plus que vaguement féminin, une flèche
plantée juste entre les deux yeux. Le charme était rompu.
Ses bras se firent flasques et elle lâcha prise, tombant à
ses pieds. Mya lui donna une bourrade, le rappelant définitivement
dans le monde réel. Elle retira la flèche du cadavre et la
remit dans son carquois. Elle lui lança un sourire amusé;
elle vit à quel point le guerrier se sentait ridicule. Elle se dit
que son armure étincelante avait finalement quelques failles, mais
cela ne faisait à ses yeux que renforcer le charisme du guerrier.
Peut-être était-il différent des autres hommes. Le
temps n’était pas à la rêverie, elle se rappela qu’elle
était une soeur de l’Oeil Aveugle, et que rien ne devait la dérouter
de sa quête. Elle regretta d’avoir entraîné Axthor dans
cette aventure, qui n’avait rien à voir avec l’argent ou le pouvoir.
Mais il était trop tard pour faire marche arrière. Mya banda
son arc et progressa à pas mesurés dans le couloir. D’autres
succubes émergèrent de l’obscurité. Les démonettes
savaient que leur charme n’aurait plus de prise sur ces deux humains, et
se préparèrent à attaquer. Axthor prit d’une rage
vengeresse se jeta sur elles et n’en fit qu’une bouchée, tandis
que Mya s’évertuait à contrer leurs attaques magiques. Grâce
à elle, Axthor s’en sortit totalement indemne. Dans la salle gardée
par les créatures, elle trouva sa récompense. Un arc somptueux
n’attendait qu’elle, reposant depuis des centaines d’années sur
son râtelier. L’archère le décrocha avec soin. Une
puissance jusqu’alors inconnue envahit ses membres. Après toutes
ces années, la corde était intacte, et le bois d’une souplesse
idéale. L’arme était merveilleusement équilibrée.
Mya se sépara sans regret de son ancien arc de batailles. Axthor
l’attendait patiemment. Ils reprirent leur avancée. Un groupe de
créatures leur tendait une embuscade au détour d’un mur.
Mya cria à Axthor de se replier. Il y en avait facilement cinq ou
six. L’archère mit une dizaine de mètres entre les monstres
et elle. Elle prit deux flèches et tira. Sa surprise égala
presque la surprise des succubes. Une fois lancées dans les airs,
les projectiles se métamorphosaient en décharges lumineuses,
qui venaient frapper les créatures avec une force inouïe, projetant
de petits éclairs dans toutes les directions. Les créatures
hurlèrent de frustration et tombèrent les unes après
les autres en quelques secondes. Mya, haletante, contempla son oeuvre avec
satisfaction. Axthor s’approcha tout sourire et ramassa quelques pièces
d’or traînant autour des cadavres. Mya le prit comme un compliment.
Pourtant ils n’étaient pas au bout de leurs surprises. Tandis qu’Axthor
était occupé à ramasser l’or, le sourire de Mya se
changea en une expression d’horreur. Par chance, elle eut le réflexe
d’avertir le guerrier à temps. Une énorme créature
rouge vif à l’apparence d’un taureau progressait dans son dos. Axthor
roula à terre pour éviter la gigantesque cimeterre lancée
contre lui. Le souffle brûlant du monstre manqua de l’étouffer.
Il se releva tant bien que mal, mais dut lever la tête pour faire
face à son ennemi, qui faisait près de trois mètres
de haut. Des ailes immenses battaient l’air dans son dos, rabattant vers
le guerrier son odeur infâme. Le monstre chargea. Axthor se jeta
entre ses jambes et attrapa une de ses ailes. Mya l’identifia sans mal,
se souvenant des récits de son père. C’était un Balrog,
une des créatures les plus puissantes des dieux démoniaques.
La bête s’agita dans tous les sens, essayant de désarçonner
le guerrier. Celui-ci s’accrocha de toutes ses forces à l’aile,
déchirant le cuir. Mya vit qu’il ne tiendrait pas longtemps. Elle
visa le Balrog, s’appliquant à le toucher sous un angle où
elle ne risquerait pas d’atteindre son allié. Elle tira. Le monstre
hurla de douleur lorsque la décharge vint frapper sa poitrine, mais
ce ne fut pas suffisant. Axthor profita de ce répit pour escalader
le dos du monstre. Le prenant par le cou d’une main, il tira serra son
épée de l’autre, et trancha la gorge du démon. Il
se retrouva par terre dans un tas de cendre, son armure fumante, lorsque
le monstre s’embrasa en hurlant et se désintégra, son esprit
maléfique condamné à une éternité de
tourments dans le royaume de ses maîtres. Mya tendit la main à
Axthor et l’aida à se relever. il s’épousseta, puis vérifia
que sa lame n’avait pas souffert. Se sentant assez fort pour surmonter
tous les périls, il embrassa Mya avant de ramasser son bouclier
et de repartir à l’assaut. Mya resta plantée comme un piquet,
sidérée par l’audace de son compagnon.
a lutte contre les Balrogs
mettait les compétences d’Axthor à rude épreuve. Il
en avait appris plus en combattant ces créatures quelques minutes
qu’en plusieurs années d’entraînement. C’était fort
étonnant de voir ce guerrier dans sa lourde armure virevolter et
tournoyer en frappant impitoyablement ses adversaires. Sa fougue l’emmenait
parfois dans des situations impossibles, mais Mya veillait au grain, aidée
dans ses tirs par la taille énormes des monstres. Et Axthor avait
bien besoin de son aide pour combattre les succubes, qui s’appliquaient
toujours à rester hors de portée de ses coups d’épée.
Elle s’appliquait aussi à éviter de désagréables
surprises à son ami lorsqu’il voulait ouvrir des coffres piégés
par de prudents sorciers. La soif de l’or n’était pas le plus petit
défaut du guerrier, qui ne s’en cachait d’ailleurs pas. Mya ne savait
pas trop où elle allait, pourtant insensiblement elle succombait
à son charme. Les gardiens démoniaques de cette partie
du labyrinthe avaient été vaincus. Les aventuriers soignèrent
leurs plaies, se restaurèrent un peu, et partirent d’un commun accord
à l’attaque de la suite. Cette fois la menace se fit plus
directe. De grands guerriers en armures d’un éclat immaculé
assaillirent Axthor et Mya. Les esprits rappelés après leur
mort de chevaliers déchus. Leurs voix d’outre-tombe proféraient
menace et malédictions à l’encontre des deux compagnons.
Mya lança une salve de flèches mais la plupart ricochèrent
sans dommages sur l’armure des chevaliers. Ils brandissaient des épées
plus grandes qu’un homme, qui rougeoyaient en sentant venir le carnage.
Axthor engagea le combat. Mais il ne pourrait venir à bout des démons
tout seul. Mya tenta de se concentrer malgré le vacarme qui l’entourait.
Un chevalier fondait sur elle dans un cliquetis de métal retentissant.
Un globe d’étincelles entoura l’archère, qui pointa la main
vers son agresseur. L’énergie magique convertie en électricité
se libéra d’un coup dans un vrombissement assourdissant. Mya vit
les yeux rouges vifs du chevalier se remplir de stupeur au fond de son
heaume, puis le l’essence du démon s’évapora spectaculairement
par tous les interstices de son armure. Il ne resta plus qu’un petit tas
de métal par terre. Mya regarda autour d’elle. Axthor la regardait
d’un air ahuri; il était entouré des restes de l’équipement
des autres chevaliers. Mya, tout aussi surprise que lui de la puissance
de ce sort qu’elle utilisait pour la première fois en situation
de combat, ne put retenir un éclat de rire. Ils reprirent
leur périple, Axthor attaquant à l’épée, Mya
déployant des trésors d’ingéniosité pour guider
ses flèches vers les articulations des chevaliers, seuls points
faibles de leur carapace. Lorsque la situation devenait trop difficile,
Mya ordonnait à Axthor de se mettre à couvert, et déchaînait
des flots d’éclairs bourdonnants sur l’ennemi. Pourtant jamais les
forces démoniaques de ne démoralisaient, habitées
qu’elles étaient par quelque soif vengeresse habilement attisée
par leurs maîtres. Au fond d’elle-même, Mya sentait pourtant
qu’elle approchait du but, les vents magiques que toute personne habituée
à la magie pouvait ressentir se faisaient de plus en plus forts.
lors que les courageux
combattants avançaient dans le labyrinthe, une soudaine accalmie
des assauts les intrigua. Les monstres se repliaient-ils? En effet, quelques
dizaines de mètres plus loin, un contingent de chevaliers les attendait
de pied ferme, devant les portes d’une petite chapelle. Le combat s’engagea.
Axthor se battait comme un lion et Mya faisait pleuvoir les flèches
autour d’elles. Ils étaient tous deux trop occupés pour remarquer
l’étrange pentagramme luisant faiblement qui était gravé
à leurs pieds. Mya finit par invoquer la protection d’un bouclier
magique pour dévier les coups des chevaliers, qui étaient
trop nombreux pour qu’elle les abatte tous avant qu’ils arrivent au contact.
Elle fit appel à de nombreux sorts pour garder sa concentration,
car elle devait en même temps lancer régulièrement
des sorts de guérison pour aider Axthor. Profitant de l’ouverture
laissée par l’élimination d’un chevalier, elle se glissa
hors du cercle de ses agresseurs, et lança la foudre contre eux,
les terrassant instantanément. Elle banda son arc et abattit deux
autres démons engagés en combat contre Axthor. Des piles
de pièces d’armures bien trop grandes pour les humains gisaient
autour d’eux. Le guerrier s’en était bien tiré. Mya était
indemne mais épuisée par ses eforts pour contrôler
sa magie. Mais elle ne s’arrêterait pas si près du but. D’un
air décidé, elle enfonça la porte de la chapelle.
Plusieurs sorciers dans un rituel de sacrifice s’interrompirent. Axthor
remarqua l’enfant égorgé sur l’autel, peu-être était-ce
le fils du roi, disparu récemment et pour lequel une forte prime
était offerte. Un grand sorcier vêtu d’une robe bleu nuit
les foudroya du regard. “Vous arrivez trop tard pour sauver l’enfant. Abandonnez
votre quête stupide! Tout ce que vous gagnerez est la colère
de mon maître!” Les sorciers déchaînèrent sur
eux les feux de l’Enfer. Axthor et Mya s’abritèrent derrière
les battants des portes de la chapelle, qui tombèrent en cendres.
Mya répliqua et invoqua un sort offensif en réponse. Peut-être
la fatigue lui avait-elle fait perdre de sa concentration. Elle n’avait
pas senti venir le chevalier derrière elle, qui brisa sa protection
magique d’un coup de son épée et la projeta à terre,
inconsciente. Axthor lança un cri de fureur et s’élança
épée en avant contre le monstre. Celui-ci, s’apprêtant
à porter le coup de grâce à l’archère, fut surpris
par son assaut. L’épée du guerrier traversa son armure de
part en part avant que le démon comprenne ce qui lui arrivait. Axthor
était maintenant à découvert. Les sorciers le prirent
pour cible. Il se jeta à terre pour éviter les boules de
feu, roula, se releva, et plongea dans le temple. Il terrassa un des monstres
d’un revers de son épée. Il fonça sur un autre. Celui-ci
vit le coup venir. Quand Axthor frappa, le mage avait disparu dans un nuage
de fumée. Une boule de feu le frôla et alla éclater
contre le mur, l’aveuglant presque. D’instinct, il parvint à esquiver
l’attaque suivante. Il se jeta à nouveau sur un sorcier. Une fois
encore, il tapa dans le vide. Mya se releva péniblement. La
chaleur était étouffante. La porte du temple achevait de
se consumer. A l’intérieur le combat faisait rage. Mya s’approcha
en boitillant. Axthor traversait la pièce encore et encore pour
tenter de mettre la main sur les sorciers. Mya saisit le piège.
Ils utilisaient des sorts de téléportation pour se mettre
hors de portée du guerrier. Son armure était roussie en de
nombreux points. Mya tenta d’invoquer un sort de guérison. Elle
échoua. Axthor levait son épée contre le sorcier en
robe bleue. A cet instant, son armure s’embrasa, et il tomba à terre
en émettant un râle d’agonie. Mya hurla. La haine la dévora
soudainement, elle ne pouvait le croire. Animée par sa seule volonté
de venger le courageux guerrier, elle déchaîna sur les mages
un torrent de flèches. Deux d’entre eux n’en réchappèrent
pas. Sentant le vent tourner, les deux survivants se téléportèrent
hors du temple. L’un de fut pas assez rapide. Il fut atteint par le sort
de pétrification et devint alors impuissant devant la rage déployée
par l’archère, d’apparence pourtant si fragile. L’autre était
hors de vue. Mya s’approcha de son compagnon. Il était bien mort,
son beau visage défiguré par le feu. Le seul être qu’elle
avait jamais aimé. Elle se releva, la flamme de la vengeance
toujours vive dans ses yeux. Elle sortit de la chapelle. Le sorcier renégat
l’attendait. Mya contra deux boules de feu qui volèrent s’écraser
au loin. Le mage expert ne laisserait pas passer une attaque frontale.
Elle fit mine de vouloir se mettre à couvert. Le sorcier invoqua
un sort censé l’achever. Mais derrière lui, la terre s’animait
en réponse à quelque incantation millénaire. Le Golem
de pierre abattit son énorme poing sur le sorcier. Le coup l’affaiblit
et le déconcentra. Tandis qu’il se préparait à affronter
ce péril inattendu, Mya l’atteignit en quelques bonds gracieux.
Si un habitant des tunnels s’était trouvé là par inadvertance
et avait vu la fine silhouette poignarder sauvagement le démon,
il aurait tourné les talons sans demander son reste. Le puissant
sorcier ne put rien faire d’autre que d’accueillir la mort. Jamais il n’aurait
cru qu’elle viendrait d’une femme qui aurait tout aussi bien pu faire le
service de l’auberge royale. C’est sur cette pensée humiliante qu’il
quitta définitivement le plan mortel, prêt à affronter
la colère du Dieu de la Terreur en personne. Mya lâcha
sa dague maculée de sang, et se laissa tomber à terre, la
tête entre les mains.
es violentes rafales
de vents magiques rugissant dans la tête de Mya la firent réagir.
Quelque chose d’anormal se produisait. Peu à peu, les sceaux de
protection installés par le sorcier maléfique s’amenuisaient.
Soudain, une tempête d’énergie se déchaîna devant
la chapelle. Des flots lumineux multicolores sortaient du sol et s’éparpillaient
au plafond de la voûte à toute allure. Lorsque ce fut fini,
l’immense pentagramme gravé dans le sol se mit à irradier.
Les volutes de fumée et sa texture ondulante ne laissaient guère
de doutes sur sa nature. Mya s’approcha du portail magique. Elle ramassa
un débris et le jeta dedans. La pierre disparut dans un “floc!”
La jeune femme savait que son destin l’attendait là en bas. Rien
ne la retenait dans ce monde. Elle ferma les yeux et fit un pas en avant.
Elle se réveilla dans une alcôve aux décorations gothiques.
Elle se demanda quelle heure il était. Depuis son entrée
dans les sinistres catacombes du labyrinthe, elle avait perdu toute notion
du temps. Pas de jour, pas de nuit, aucune étoile pour la guider,
juste les ténèbres. Mya saisit ses armes et avança
vers l’escalier d’os. Celui-ci débouchait sur un vaste couloir.
Un murmure indistinct semblait émaner des parois de roche. Les chevalier
en armure vinrent à sa rencontre. Ils agitèrent leur armes
menaçantes pour lui interdire le passage. Mya banda son arc et en
abattit plusieurs avant qu’ils ne réalisent qui était l’intrus.
Mya esquivait habilement leurs attaques, mais les démons lui courraient
après inlassablement, insensibles à la fatigue. Dès
qu’elle était hors de portée, quelques flèches volaient
vers eux, éclaircissant leurs rangs. Le temps jouaient contre eux
cette fois. Bientôt plus aucun ne se dressait pour lui barrer la
route. Mya avança. Un chevalier dont l’armure brillaient intensément
l’attendait un peu plus loin. L’archère se demanda quel grand guerrier
il avait dû être avant que la sorcellerie ne le corrompe. Sir
Gorash lança deux de ses sbires sur l’inconnue qui menaçait
son Dieu. En une fraction de silence, ils furent réduit au silence.
Impressionné, Gorash se prépara à ce duel contre un
adversaire de valeur; il l’attendait depuis si longtemps. Il fondit sur
elle. Mya tira, mais le bouclier du chevalier semblait animé d’un
esprit propre et para toutes les flèches. Elle se jeta entre ses
jambes, roula et se releva dans son dos, brandissant son arc. En un éclair,
le chevalier déchu se retourna et lui assena un violent coup de
coude. Mya se retrouva par terre. Les yeux rouges de son agresseur se plissèrent,
et il abattit don épée sur elle. Elle roula juste à
temps pour l’éviter. Elle bondit et dégaina sa dague à
une vitesse fulgurante, touchant le monstre à l’épaule. Les
deux ennemis se firent à nouveau face. Mya attaqua à nouveau
et blessa Gorash à nouveau. Sa réplique fut terrible, portée
par une rage destructrice. La dague de Mya vola dans les airs, brisée
en deux. Elle hurla de douleur lorsque l’épée mordit la chair
de son poignet. Mais son adversaire avait commis une erreur. Sa lourde
épée était fichée dans le sol. Il ne lui fallu
pas longtemps pour lé dégager, mais Mya n’en demandait pas
plus. Lorsqu’il se redressa, une flèche était pointée
sur son heaume, impitoyable. Le trait fendit l’air à toute vitesse,
ne lui laissant aucune chance. L’armure du chevalier vola en éclat,
son esprit happé par le royaume des morts. Une couronne heurta le
sol dans un bruit métallique, et rebondit aux pieds de l’archère.
Elle ramassa l’objet. Elle examina la lourde couronne de guerre, surprise.
Malgré de nombreuses années passées au service du
mal, elle semblait immaculée et de puissants enchantements lui donnaient
des reflets magnifiques. Mya la posa sur sa tête. Elle s’était
préparée à un effort, mais la lourde couronne parut
au contraire l’alléger. Elle se sentit revigorée, malgré
son poignet meurtri. Le mythique Cerclet Royal avait enfin été
retrouvé.
ien ni personne ne venait
à bout de cette chétive humaine. Pour la première
fois depuis bien longtemps, le Dieu de la Terreur douta. Cette fois
elle y était. Mya déclencha le verrou magique qui scellait
l’entrée du repère de Diablo. Immédiatement, des nuées
d’avocats du mal se dispersèrent autour d’elle. Pourtant ils ne
purent rien contre elle. Son ardeur croissait à mesure qu’elle se
rapprochait du but. Son arc fut sans merci pour les sombres sorciers. Les
derniers gardiens de Diablo surgirent. Mya voulut en finir. Elle appela
un torrent de flammes, magie sous sa forme la plus dévastatrice,
et les guerriers furent engloutis. Mya se jeta résolument dans la
gueule du loup. La plupart des mortels auraient perdu la raison en
voyant face à eux l’incarnation du Mal. Mais Mya n’était
pas - n’était plus - le commun des mortels. Elle maudit la créature
de plus de quatre mètres hérissée de cornes qui se
dressait devant elle. Diablo ne connaissait aucun langage, à part
celui de la guerre. Il se contenta d’attaquer. Le sol sous Mya devint incandescent
et elle eut juste le temps de s’écarter du brasier qui monta soudain
lécher le plafond. Elle fut entourée d’explosions de flammes.
Prenant le monstre de vitesse, elle décocha deux flèches
qui atteignirent leur but. Diablo ne sembla pas affecté. Il chargea
à une vitesse surprenante. Mya lança un rideau de flammes
que le monstre traversa négligemment. Il lança ses mains
contre elle, elles frappèrent tout près de son visage. Le
souffle la projeta au sol. Alors qu’elle luttait pour reprendre ses esprits,
la main répugnante du Dieu la souleva. Le contact la brûla
et elle eut un moment de panique lorsqu’elle se retrouva au niveau des
yeux jaunes malveillants. Les doigts gigantesques se refermèrent
sur elle, et Diablo eut l’équivalent d’un sourire lorsqu’il entendit
les cotes craquer et ce qu’il prit pour un gémissement de douleur.
Tétanisée, Mya trouva la force d’invoquer un ultime sort.
Diablo fut ébranlé par un coup dans son dos. Il lâcha
prise. Il se retourna pour découvrir la pitoyable créature
qui lui faisait face. Un Golem de pierre. Le Dieu ne négligea pas
cette assaillant, et l’écrasa d’un coup. Mya avait profité
de ce répit pour ramper en arrière. Le monstre en avait fini
avec le golem. Son répit était terminé. Elle invoqua
un sort de guérison et se releva, tremblante. Le monstre l’avait
localisée et chargeait à nouveau. Mya le cribla de flèches
pendant son approche. Diablo rugit à chaque impact, sentant une
parcelle de son immense énergie le quitter à chaque fois.
Il allait aplatir celle qui avait osé le défier! Il hésita
un bref instant en voyant les flammes apparaître entre les mains
de l’archère. Un instant de trop. Une boule de feu l’atteignit en
pleine face, le stoppant net. Il battit des bras dans le vide pour écarter
le feu et la fumée. Lorsqu’il put voir à nouveau, l’archère
n’était plus devant lui. Il mugit de douleur à la morsure
d’une flèche. Fou de rage, il se précipita sur Mya. Il leva
son poing. Mya ne fut pas assez rapide. Les deux opposants furent aussi
surpris l’un que l’autre par ce qui se produisit. Le poing de Diablo s’abattit
sur son crâne. Le monstre hurla de douleur en touchant le Cerclet
Royal, brûlé par sa pureté. Mya sentit à peine
le choc. La couronne émettait une vive lumière blanche, aveuglant
Diablo. Mya en profita pour se remettre hors d’atteinte, chancelante. L’espoir
lui revint. Elle canalisa l’énergie magique
qui s’exhalait sans
discontinuer de sa couronne. Cet afflux de puissance se substitua fort
bien aux vents magiques qu’elle n’avait plus la force d’appeler. Une pluie
de boules de feu frappa le Dieu de plein fouet. Le monstre hurla. Mya fit
appel à la télékinésie et arracha l’épée
énorme d’un des cadavres de chevaliers. L’épée plongea
sur Diablo, lui déchirant la poitrine. Le sang des innombrables
victimes du Dieu de la Terreur se répandit à terre, le vidant
de son essence divine. Le corps gigantesque tomba par terre inerte. La
pierre d’âme qui retenait l’esprit affaibli de Diablo apparut enfoncée
dans son crâne. Mya s’approcha lentement, fascinée par la
lueur rouge. Elle dégagea la pierre du corps, qui tomba en poussière,
privé de toute énergie, révélant le corps du
malheureux dont le monstre avait chassé l’esprit pour y élire
domicile. Sa quête n’était pas tout à fait achevée.
Il fallait une protection suffisamment forte pour empêcher Diablo
de resurgir. Rien ne le pouvait de ce côté-ci du monde. La
pierre devait être apportée à l’Est lointain, où
de puissants mages pourraient peut-être la détruire. Il faudrait
la transporter jusque là-bas. Mya regarda la pointe aiguisée
du joyau luisant. Plus personne ne la retenait dans cette contrée.